Contrat de rivière Dyle-Gette

jeudi 19 octobre 2017

Walphy : un projet exemplaire de restauration physique de cours d’eau

Depuis les années 70, des efforts considérables ont été entrepris en Dyle-Gette pour mettre en service de nombreuses infrastructures d’assainissement. Grâce à cela, la qualité des cours d’eau dans notre bassin versant s’est nettement améliorée.
Cependant, la récente enquête publique sur les PGDH n° 2 a révélé que ces efforts (particulièrement coûteux) ne suffiront pas pour remplir nos obligations vis-à-vis de l’Europe. Pour atteindre la bonne qualité écologique de nos eaux, il faudra développer d’autres initiatives.

C’est ainsi que, depuis une dizaine d’années, la Région wallonne expérimente une nouvelle approche pour la gestion de ses cours d’eau : la gestion dite « intégrée », qui privilégie la restauration hydromorphologique des cours d’eau, par rapport à une gestion plus « classique », qui limite ses interventions à un contrôle des flux.
Le projet expérimental « Walphy » est une réussite sur ce plan. Les agents régionaux impliqués ont pu tester sur le terrain toute une série de techniques innovantes en la matière. On espère que cela ouvrira une nouvelle ère, plus réjouissante pour nos rivières et ruisseaux : celles d’une gestion qui vise (enfin !) à développer leurs caractéristiques et leurs dynamiques naturelles.
Mais, attention : Walphy a porté uniquement sur l’amélioration de deux cours d’eau wallons, à savoir le Bocq et l’Eau Blanche. Pour les années futures, les moyens (notamment financiers) consacrés à cette vision plus « intégrée » de la gestion des cours d’eau seront-ils à la hauteur des attentes et des besoins ?

Historique de la gestion « intégrée » en Région wallonne : on procède « pas-à-pas »

En septembre 1991, un colloque international intitulé « Impacts liés aux travaux d’aménagement sur les cours d’eau » est organisé par la Région wallonne, pour susciter une prise de conscience de la part des gestionnaires des cours d’eau.
Début des années 2000, deux publications de référence sont éditées par la Région wallonne : « La rivière, milieu vivant » et « Entretenir les cours d’eau et l’habitat des poissons ». Ces deux publications sont largement accessibles au grand public et permet à tous de mieux comprendre le fonctionnement de l’écosystème rivière, ainsi que les conditions de développement de la vie animale et végétale aquatique en eau courante. On doit notamment beaucoup à Gisèle Verniers, professeur aux Facultés universitaires Notre Dame de la Paix à Namur (aujourd’hui jeune retraitée), pour son rôle majeur dans la vulgarisation d’une matière pas toujours aisée à s’approprier.
En mai 2004 puis en octobre 2007, la Direction des cours d’eau non navigables de la Région wallonne (sous la houlette de Francis Lambot) organise deux colloques sur le thème de la restauration de la gestion physique des cours d’eau. Celui de 2007 s’étend sur 3 journées et s’intitule « La gestion physique des cours d’eau : bilan d’une décennie d'ingénierie écologique ».

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Le mouvement est lancé. S’appuyant sur l’expérience de spécialistes français, suisses, luxembourgeois, britanniques et américains, la Région wallonne entame ses premiers chantiers de restauration. Différents bureaux d’études et départements universitaires sont associés à cette première vague d’expérimentations.
Celles-ci sont principalement orientées vers l’aménagement écologique des berges au moyen de nouvelles techniques de stabilisation issues du génie végétal (ensemencements, fascines, peignes, épis ...) ou combinant végétaux et matériaux plus artificiels (enrochement/plantations, green terramesh). Un guide technique intitulé « Techniques végétales : conception, application et recommandations » est édité par le SPW en 2009.
Ces expériences sont cependant limitées sur le plan spatial et axées uniquement sur la stabilisation des berges. Le projet « Walphy » prend alors le relais, dans le cadre d’un projet Life co-financé par l’Union européenne.

Walphy : projet-pilote en matière de réhabilitation hydromorphologique de cours d’eau

De nombreux travaux de restauration écologique ont été réalisés sur le Bocq et l’Eau Blanche aval, pendant une période de 5 ans (de 2009 à 2013). Ce projet s’est accompagné d’un large suivi scientifique destiné à évaluer les effets positifs des travaux sur la faune et la flore aquatique.
Le jargon des dispositifs techniques mis en place a évolué, lui aussi, afin de mieux coller aux exigences de la Directive cadre européenne : on parle désormais d’« améliorer la continuité longitudinale d’un cours d’eau » lorsqu’il s’agit d’intervenir en travers du cours d’eau (pour favoriser notamment le déplacement des poissons) et d’« améliorer la continuité latérale du cours d’eau » lorsqu’il s’agit de restaurer les berges ou de recréer des échanges hydrauliques entre le cours d'eau et son lit majeur (pour favoriser le déplacement naturel du cours d’eau et concrétiser le concept d’espace de liberté pour le cours d’eau).
En octobre 2013, un colloque intitulé « La restauration hydromorphologique des cours d’eau : premiers enseignements du projet Walphy » est organisé, incluant des visites sur le terrain pour pouvoir visualiser les résultats in situ.
Ce sont ainsi, à peu de distance les uns des autres, toute une série d’aménagements favorables au développement de la vie aquatique dans le Bocq et l’Eau Blanche (et donc à leur qualité écologique) qui peuvent aujourd’hui être « visités » sur le terrain.
Un guide technique est joint aux actes du colloque. Il reprend, sous forme de fiches, tous les dispositifs novateurs installés dans le cadre de Walphy :

- Création de petites chutes pour décomposer une chute difficilement franchissable par les poissons
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Photos Walphy


- Arasement complet d’un barrage-déversoir, accompagné de stabilisation des berges rendue nécessaire suite à l’abaissement de la ligne d’eau
- Restauration d’un secteur canalisé via construction de micro-habitats aquatiques pour diversifier le lit du cours d’eau
- Aménagement d’une rivière de contournement pour éviter un obstacle au déplacement des poissons
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Photos Walphy


- Restauration d’un tronçon dégradé et implantation de divers habitats aquatiques par apport de troncs et de souches d’arbres dans le cours d’eau
- Aménagement de nouveaux méandres sur des tracés rectifiés
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Photos Walphy


- Remise sous eau d’une ancienne boucle de méandre
- ...

Quid du développement de ces nouvelles pratiques pour l'avenir ?

Dans le contexte actuel, il faut bien se rendre à l’évidence que cette approche novatrice est encore loin d'être ancrée dans les pratiques quotidiennes.
Au niveau du bassin Dyle-Gette, le CRDG a pu, ces dernières années, susciter quelques initiatives ponctuelles de la part des gestionnaires régionaux et provinciaux : pose de fascines de saules pour renforcer les berges, recours à l'enrochement pour la stabilisation des pieds de berges, aménagement de cascatelles en travers des cours d’eau pour diversifier le lit mineur, plantations d’hydrophytes en pieds de berges, initialisation d’un dossier de levée d'un obstacle à la remontée des poissons...
Une approche résolument hydromorphologique suppose cependant de profonds changements, à la fois de la part des gestionnaires de cours d’eau et de la part des riverains des cours d’eau.
Cette vision plus « intégrée » se heurte à de nombreuses difficultés :

sur un plan global :

- la bonne qualité hydromorphologique des cours d'eau reste un critère trop « indirect » pour d'atteindre la bonne qualité écologique des masses d'eau : il en résulte que les priorités du PGDH n° 2 (période 2016-2021) restent axées sur le volet physico-chimique (c’est-à-dire la limitation des pollutions)

- les gestionnaires des cours d'eau consacrent l'essentiel de leurs moyens financiers à limiter les risques d'inondations par débordement des cours d'eau, ce qui les maintient dans une gestion plutôt « classique » des cours d'eau

- l'adaptation du cadre légal législatif wallon tarde à voir le jour : or, elle est indispensable pour « officialiser » le recours à ces nouveaux types d'interventions

sur un plan plus local :

- toute intervention de restauration hydromorphologique demande une bonne maîtrise technique de la part des agents traitants, pour établir le diagnostic (= état des lieux) et identifier et dimensionner les dispositifs à mettre en place (= solutions techniques les plus adaptées)

- les contraintes et les opportunités foncières constituent le principal facteur limitant pour le gestionnaire, en particulier pour la restauration de type « latérale » du cours d'eau, qui nécessite une maîtrise foncière des terrains proches du cours d’eau (ceci est d’ailleurs déjà le cas pour ce qui concerne des projets plus « classiques », comme l’aménagement de retenues d'eau dans le lit majeur des cours d'eau).

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Pour en savoir plus :

- « La rivière, milieu vivant » (publication RW momentanément indisponible)

- « Entretenir les cours d’eau et l’habitat des poissons » (publication RW épuisée)

- « La gestion physique des cours d’eau : bilan d’une décennie d'ingénierie écologique » (actes de colloque de 2007)

- « Techniques végétales : conception, application et recommandations » (guide technique édité en 2009)

- « La restauration hydromorphologique des cours d’eau en Wallonie : premiers enseignements du projet Walphy » (actes du colloque de 2013)

- « La restauration hydromorphologique des cours d’eau en Wallonie : premiers retours d’expérience » (guide technique édité en 2013)

- « Rivières : le retour à la continuité écologique – Un projet de restauration en Wallonie » (film produit en 2013 dans le cadre du projet Walphy) https://youtu.be/-l9WR7bXS5w

- « Séminaire Walphy pour les gestionnaires de cours d’eau » (actes du séminaire de 2014)

- www.walphy.be (site internet du projet Walphy)

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