Après les épisodes catastrophiques d’inondations que nous avons connus ces derniers mois, vouloir aborder les risques de sécheresses en Belgique peut vous paraître pour le moins « hors propos » !
Mais savez-vous que dans nos contrées, le printemps 2011 a été particulièrement sec, avec pour conséquence des prémices de pénuries d’eau potable, certes ponctuelles ? Par ailleurs, le niveau des cours d’eau était au plus bas fin juin , correspondant au niveau rencontré plus habituellement au mois d’août.
Si notre été (si on peut l’appeler ainsi) a été très pluvieux, l’automne s’annonce comme un automne des plus secs depuis 100 ans, avec 8.5mm de précipitations par rapport à une moyenne 76.4 mm !
La Belgique peut-elle être confrontée aux problèmes liés à la sécheresse ? Quelles sont les mesures prises par les gestionnaires dans ce cas ? Découvrez les quelques éléments de réponses dans ce dossier.
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Notre pays présente un réseau hydrographique vaste et dense avec quatre bassins versants : Escaut, Meuse, Rhin et Senne et quinze sous-bassins dont le nôtre, celui de la Dyle-Gette. En plus des eaux de surface, il y a une quantité hallucinante de nappes phréatiques desquelles on prélève l’eau de distribution, pour 85% des besoins annuels. Pour être vraiment complet, il faut aussi évoquer les ouvrages d’art de retenue d’eau artificiels. Les plus grands sont les barrages de l’Eau d’Heure, la Gileppe, Eupen, Nisramont et Ry de Rome. Ces barrages-réservoirs jouent plusieurs rôles: alimentation en eau potable, attrait touristique, soutien d’étiage de la Sambre (et donc du canal Charleroi-Bruxelles) pour ce qui est du complexe des barrages de l’Eau d’Heure. |
Paradoxal donc de parler de sécheresse dans notre Wallonie appelée aussi « Pays de l’Or Bleu ». Et difficile de palper ses conséquences éventuelles quand il nous suffit de lever le nez vers la fenêtre et regarder la pluie tomber...
En Europe, la température moyenne athmosphérique a augmenté de presque 1 degré au cours du 20ème siècle. Nous n’allons pas revenir sur le débat houleux des raisons de cette hausse de température (émissions de gaz à effets de serre, évolution naturelle du climat vers un réchauffement). Nous souhaitons ici mettre l'accent sur les conséquences attendues dans notre pays, tant sur le plan économique que sur le plan environnemental, à partir des prévisions mais aussi sur base des premiers constats sur le terrain.
Pour la Wallonie, les experts nous prédisent que les hivers vont être plus doux et nos étés plus chauds. Le régime des précipitations risque, lui aussi, de se modifier. Les pluies ou neiges pourraient en effet augmenter de 30 à 50% en hiver. A l'inverse, les précipitations se stabiliseraient en été, voire diminueraient jusqu’à 50% selon les scénarii.
Il est donc plus que probable que nous serons davantage touchés par les phénomènes d’inondations (on le constate déjà depuis une dizaine d’années). A cet égard, faut-il rappeler que la Région wallonne s’est dotée d’un outil de planification indispensable: le "plan de lutte contre les inondations et ses effets sur les sinistrés", en abréviation : le plan PLUIeS.
De façon générale, les phénomènes météorologiques plus accentués, voire extrêmes, pourraient bien devenir notre lot : de fortes pluies, mais aussi des canicules (nous y voilà…) annoncées un été sur deux d’ici 2100 !
En été, les périodes de canicule associées à une baisse de la pluviosité provoqueront une augmentation du phénomène d’évapo-transpiration. Cela aura pour conséquence une perturbation du régime hydrique des cours d’eau et du niveau des aquifères (par le phénomène de transfert entre les eaux de surface et les nappes). Deux types de sécheresse sont à distinguer. La sécheresse "météorologique" se distingue par une faiblesse des précipitations par rapport à la normale, ainsi que par son caractère temporaire. On parle de sécheresse "hydrologique" lorsqu' apparait une carence en eau dans les aquifères et dans les eaux de surface, lesquelles rentrent alors en période d’"étiage". |
![]() Cours d'eau à sec
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Il peut aussi exister des facteurs aggravant les phénomènes d’étiage des cours d'eau : ce sont les prélèvements effectués en eaux de surface pour la distribution de l’eau potable (site de Tailfer sur la Meuse), pour le refroidissement des centrales nucléaires ou pour le fonctionnement des centrales hydro-électriques. Sans oublier les prélèvements pour l’alimentation des étangs de pisciculture ou de loisirs.
En agriculture, les modifications du climat perturbent la croissance et le rendement des plantes céréalières. Elles entrainent aussi des baisses de production de fourrage et des baisses de qualité des pâturages, donc de la production de lait. Par ailleurs, en période de sécheresse, les prélèvements accrus d'eau dans les rivières et ruisseaux, pour satisfaire les besoins de l'agriculture, pourraient avoir comme effet d'accentuer le phénomène d'étiage. | ![]() |
La sylviculture n'est pas en reste: le phénomène de "dépérissement forestier" est observé en Wallonie depuis le début des années '80. Aujourd'hui, environ 10% des arbres sont touchés par un affaiblissement de leur vitalité et de leur croissance. Un ensemble de facteurs en sont responsables: pauvreté des sols en éléments nutritifs, pollution atmosphérique, attaques de scolytes et de champignons...Une augmentation des arbres présentant des taux élevés de décoloration des feuilles a cependant été relevée au cours des années 2000 à 2003. La sécheresse et les fortes chaleurs estivales peuvent être mises en cause. La sécheresse de 2003 s'est d'abord manifestée par un jaunissement des feuilles. Ce n'est que l'année suivante que la perte des feuilles s'est accentuée.
Le transport fluvial nécessite des besoins minima sur le plan des débits des voies d’eau artificielles. Pour le canal de Charleroi-Bruxelles, le canal Albert et de Lanaye, cette eau est prélevée dans la Sambre et la Meuse. Les activités liées à ce secteur économique sont forcément les premiers touchés en période d’étiage des cours d’eau.
Les centrales nucléaires prélèvent des volumes d'eau considérables pour les besoins en eau de refroidissement. Le risque de perturbations plus fréquentes de la production d'énergie est aussi d'actualité, de même que pour les centrales hydro-électriques.
Quant aux écosystèmes aquatiques, leur avenir pourrait aussi être menacé. Lors de faibles débits, la pollution de l'eau devient plus concentrée et sa température en hausse diminue la solubilité de l’oxygène. Ces facteurs favorisent la prolifération des algues, le déclin des macros-invertébrés et l’asphyxie des poissons.
En Wallonie, ces phénomènes de sécheresse ou d’inondation sont particulièrement surveillés par deux institutions : AQUALIM de la Direction des cours d’eau non navigables du Service public de Wallonie pour les mesures limnimétriques (mesure des hauteurs d’eau sur le terrain) et le Service d’Etudes Hydrologiques (SETHY) de la Direction Générale Opérationnelle des Voies Hydrauliques (DGO2) qui utilise des modèles mathématiques. Les données recueillies convergent vers une connaissance à tout moment de l’état de la situation des débits des cours d’eau wallons.
Les institutions concernées communiquent des consignes de baisse de consommation aux opérateurs concernés par les prises d’eau que soit pour la production d’eau potable, pour les activités industrielles ou pour la production d’énergie.
Concrétement pour la Meuse, la société Electrabel doit adapter sa production d’électricité en fonction des prélèvements autorisés pour sa centrale de Tihange, alors que la société Vivaqua doit revoir à la baisse (voire arrêter) sa production en eau sur le site de Tailfer.
Les réserves en eau des barrages-réservoirs (voir ci-dessus) sont mobilisées pour la production d’eau potable. Le complexe des barrages de l’Eau d’Heure doit jouer son rôle de soutien d’étiage de la Sambre.
Les transferts d’eaux entre les canaux pour maintenir les débits sont réglementés: la navigation doit s’adapter en regroupant les bateaux lors de passages d’écluses. Les tirants d’eau sont revus à la baisse et le niveau de flottaison des embarcations est relevé (les bateaux doivent être moins chargés).
Rapport analytique sur l’état de l’environnement wallon 2006-2007:
Amice project
AMICE est un projet transnational de l’adaptation de la Meuse et de son bassin versant aux impacts des inondations et étiages en lien avec le changement climatique. 17 organisations partenaires d’Allemagne, Belgique, France et Pays-Bas travaillent ensemble sur ce sujet.
La contribution de la Région wallonne dans AMICE est coordonnée par la Groupe transversal “Inondations” (GTI) du SPW (DGO2). Contact: 081/77 29 82 – email: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
asbl Contrat de rivière Dyle-Gette - Zoning industriel, rue des Andains, 3 à 1360 Perwez - 081/24 00 40 - contrat.riviere(at)crdg.be