Contrat de rivière Dyle-Gette

mardi 4 octobre 2022

Pour aller plus loin dans l’atteinte du bon état écologique …

Les efforts de restauration des cours d’eau consentis par les gestionnaires depuis la mise en œuvre de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE) portent-ils leurs fruits ? Dans une étude récente, une équipe de recherche basée à Gand dresse le bilan du suivi physico-chimique et biologique mené depuis presque 30 ans sur la masse d’eau de la Zwalm, affluent de l’Escaut, dans les Ardennes flamandes. Leurs conclusions sont mitigées et certains parallèles peuvent être établis avec ce que l’on constate aujourd’hui en Dyle-Gette. Explications.

Chapeau Kleur

(Kleur)

La Zwalm prend sa source sur la commune de Flobecq dans le Hainaut, traverse diverses communes de Flandre Orientale avant de se jeter dans l’Escaut à la limite entre Zwalm et Oudenaarde. La longueur totale de la rivière avoisine les 28 kilomètres. Le bassin de la Zwalm est caractérisé par des petits cours d’eau à courant vif en zones amont et par une partie aval plus dégradée (artificialisation des berges et redressement du linéaire) s’écoulant en contexte plus altéré et intensifié. Au niveau paysager, l’agriculture intensive domine (74%) et l’urbanisation y est importante. Malgré tout et compte tenu d’une bonne capacité auto-épuratrice, la masse d’eau du Zwalm est considérée comme prioritaire dans le cadre de l’atteinte des objectifs de bonne qualité écologique liés à la DCE. Divers travaux de restauration ont déjà été entrepris dans la vallée tant en termes de qualité chimique que de qualité des habitats. Le bassin a également été repris comme site pilote pour le développement d’outils de restauration écologique (comme les vallées du Bocq et de l’Eau Blanche en Wallonie).

1 Vue de la Zwalm Bart Heirweg 2 Vue de la Zwalm unknown 3 Vue de la Zwalm
Vue de la Zwalm (Bart Heirweg) Vue de la Zwalm (unknown)  Vue de la Zwalm (Ronny De Coster)

Disposant pour cette vallée d’une importante base de données, portant sur une trentaine d’années, de suivis physico-chimiques et biologiques (poissons et macroinvertébrés), les auteurs de l’étude ont alors analysé les tendances temporelles pour ces 3 aspects et leurs liens potentiels. Les principaux résultats sont détaillés ci-après :

1/ Qualité physico-chimique

Une nette amélioration globale de la qualité physico-chimique du bassin de la Zwalm a été mise en évidence : meilleure oxygénation et réduction de la concentration des divers macropolluants mesurés. Cette amélioration est encore plus remarquable dans la partie basse de la vallée du fait d’un état initial de dégradation plus avancée. Ceci s’explique notamment par la mise en service de différentes stations d’épuration au cours du temps. Seuls les nitrates ne suivent pas le même mouvement ce qui est mis sur le compte de la pollution diffuse issue de l’agriculture (effluents et ruissellements). Toutefois, depuis un certain nombre d’années, et comme constaté ailleurs en Europe de l’Ouest, la qualité physico-chimique des eaux n’évolue plus. Ils avancent comme causes possibles i) les décharges d’eaux usées par temps de pluie (cf déversoirs d’orage et station d’épuration), ii) les pollutions diffuses (agricole et domestique via les non-raccordements aux égouts [jusque 47% des habitations sur la seule commune de Zwalm !], iii) les pollutions accidentelles et iv) les récents épisodes de fortes chaleurs et de sécheresses.

>> Les mêmes conclusions peuvent être faites pour le sous-bassin Dyle-Gette via l’analyse des résultats physico-chimiques du réseau de mesures de la Wallonie ou même du CRDG. Bien sûr les bases de données respectives ne sont pas comparables (au moins pour celle du CRDG) et les tendances observées ne pourraient être validées statistiquement, comme c’est le cas sur la Zwalm, mais les directions sont similaires. Suite aux importants travaux d’épuration mis en œuvre par la SPGE et l’Intercommunale du Brabant wallon et l'AIDE, une forte amélioration de la qualité physico-chimique des eaux a pu être mise en évidence (oxygénation, ammonium, phosphates, DCO). Chez nous aussi, en lien probable avec les pollutions diffuses d’origine agricole, voire ponctuellement industrielle, les formes azotées nitrates et nitrites dépassent régulièrement les normes de bonne qualité exigées par la DCE. Passée l’amélioration initiale liée à la mise en service des infrastructures d’assainissement, la qualité physico-chimique de l’eau n’évolue plus ou alors dans une très faible mesure et souvent en dents de scie au gré des années. Les mêmes facteurs causaux peuvent également être pointés du doigt. Notons qu’en Wallonie, les pourcentages d’habitations non raccordées aux égouts ne sont pas connus, mais devraient l’être à terme grâce à la mise en place du certificat CERTIBEAU.

 4 Analyse physico chimique CPAR date a supprimer

Analyse physico chimique (CPAR La Hulpe)

2/ Indicateur biologique macro-invertébrés

Les analyses en Zwalm mettent en évidence non seulement une augmentation globale de l’indice macro-invertébrés (MMIF) et du nombre de taxons au cours du temps mais aussi une modification globale de la structure des communautés, c’est-à-dire une augmentation de la part relative des taxons plus polluo-sensibles (Ephéméroptères-Plécoptères-Trichoptères et Crustacés). Cet effet global masque toutefois une importante composante locale car la présence de ces taxons polluo-sensibles est principalement liée aux zones de source. Comme attendu, un léger effet retard est constaté dans la réponse des communautés de macroinvertébrés par rapport à l’amélioration chimique des eaux.

>> En Dyle-Gette, les analyses de macro-invertébrés ont toujours été très insuffisantes, avec très peu de stations pouvant se targuer d’avoir la moyenne. D’ailleurs, concrètement, sur les dernières levées d’inventaire faites par la Wallonie, aucune masse d’eau de Dyle-Gette n’atteint une bonne qualité pour cette composante. De plus, bien que la base de données ne soit pas aussi complète que celle de la Zwalm (ou à cause de ce fait), dans le temps, aucune évolution notable ne peut être mise en évidence. Selon nous, une cause majeure de ces faibles valeurs d’indices ainsi constatées en Dyle-Gette, est liée au cruel déficit en habitat disponible dans nos rivières. Là encore, l’artificialisation des berges et la rectification du linéaire ont entraîné une importante uniformisation des faciès et une perte de diversité. Substrat colmaté (cf aussi effet agricole), pauvre colonisation végétale ou faible présence de bois mort sont autant de facteurs pénalisant la vie des macroinvertébrés (et des poissons) de nos cours d’eau. La qualité physico-chimique, si assurément meilleure, n’est peut-être encore pas suffisante non plus. Idem, comme les espèces les plus polluo-sensibles (et donc indicateurs d’une bonne qualité d’eau) ne subsistent plus qu’en quelques petits recoins très limités dans le sous-bassin, elles ne pourront pas, du fait de l’éloignement, contribuer facilement à repeupler les zones restaurées même si les conditions physico-chimiques en ces endroits redeviennent favorables pour elles.

5 Larve dephemere Christophe Salin

Larve d'éphémère (Christophe Salin)

3/ Indicateur biologique poissons

Là, les analyses temporelles pour le bassin de la Zwalm sont moins nettes et ne révèlent finalement aucune tendance stable et exploitable, ni au niveau des nombres de taxons, ni au niveau des indices calculés (IBI), ou encore même au niveau de la composition spécifique des prélèvements. Un léger glissement des espèces plutôt généralistes vers des espèces plus sensibles à la pollution se dessine. Toutefois, cette très légère évolution ne serait pas naturelle mais liée aux opérations de réintroduction menées localement. La présence d’obstacles et le manque de ressources disponibles pour la reproduction de ces espèces plus sensibles pourraient expliquer ce résultat. Un effet négatif lié aux derniers épisodes de sécheresse est aussi envisageable (réchauffement des eaux, baisse du niveau d’eau et moins bonne oxygénation).

>> En Dyle-Gette, l’indice poisson est aussi régulièrement insuffisant. L’état écologique des masses d’eau est d’ailleurs bien souvent en lien direct avec l’indice poisson (ou du moins l’état biologique). Seule la masse d’eau du Train tire son épingle du jeu avec un indice de bonne qualité. Cette réussite semble cependant propre à la masse d’eau qui comporte des affluents de très bonne qualité (Papeteries, Pré Delcourt, Inchebroux, Glabais, Hèze, Piétrebais) pouvant constituer des ruisseaux refuges pour la recolonisation des poissons et en tout cas des facteurs de dilution de la pollution. En effet, il y a plus de 10 ans, en 2009, avant donc la mise en service de l’assainissement dans la vallée, l’indice poisson était déjà de bonne qualité ... A l’échelle plus locale et ponctuelle, d’autres cours d’eau semblent aussi intéressants, comme la Thyle et dans une moindre mesure l’Orne. De manière plus globale, et malgré une nette amélioration de la qualité physico-chimique, un petit mieux dans le temps est constaté mais les ressources en poissons restent décevantes, les espèces retrouvées dans l’eau étant souvent liées à des escapades depuis des étangs. Les très (trop) nombreux obstacles au déplacement des poissons limitent fortement les capacités de recolonisation et si, comme sur la Zwalm, des espèces sensibles parviennent à se maintenir dans certains cours d’eau, les possibilités qu’elles auraient de se reproduire restent par trop limitantes. Le colmatage du substrat est une des raisons majeures (mais pas la seule bien sûr) qui limite l’installation durable des espèces rhéophiles. Diverses opérations d’empoissonnements en truitelles dans des cours d’eau restaurés ont montré des résultats satisfaisants, mais il faudrait maintenant prolonger ces opérations par, certes, de nouveaux renforcements de population mais aussi et surtout par des améliorations hydromorphologiques.

6 Truite fario dans lArgentine Emmanuel Verreghen

truite fario dans l'Argentine (Emmanuel Verreghen)

Et les auteurs de conclure sur la nécessité de mettre en place, outre l’assainissement, d’autres efforts pour améliorer encore la qualité chimique et biologique des cours d’eau (liste non exhaustive évidemment) :

  • améliorations hydromorphologiques : levée d’obstacles, reméandration du linéaire, restauration de berges, ... La restauration de l’habitat physique des organismes aquatiques ainsi que de potentiels sites de reproduction apparaît primordiale pour atteindre une meilleure qualité écologique telle qu’exigée par la DCE. Les résultats de l’étude présentée ci-dessus illustre d’ailleurs bien cette nécessité. En Dyle-Gette, un exemple de restauration de frayères par rechargement granulométrique a été mis en place dans le Train l’année dernière (malheureusement légèrement mis à mal lors des inondations de cet été 2021) et sera suivi dès 2022 par la mise en place de frayères végétalisées dans les traversées d’agglomérations ;
  • favoriser la séparation des eaux claires et des eaux usées, pour éviter des déversements résiduaires trop fréquents lors des périodes pluvieuses (cf déversoirs d’orage). En cela, favoriser l’infiltration à la parcelle permettrait aussi de mieux tamponner les effets négatifs liées aux sécheresses à venir ;
  • réduire l’érosion et la pollution diffuse liée aux intrants agricoles et non agricoles apparaît aussi d’une grande importance pour les communautés biologiques mais aussi pour la qualité physico-chimique. Très bonne nouvelle à ce niveau : la prochaine mise en place en Wallonie des Couverts Végétaux Permanents, obligatoire le long des cours d’eau sur une largeur de 6 mètres, devrait grandement participer à réduire ces arrivées exogènes et à protéger la ressource ! Idem, restaurer des cordons arborés le long des cours d’eau pourrait aussi efficacement aider à protéger les cours d’eau et la biodiversité liée.

Sachez enfin, pour la petite histoire, qu'un Contrat de rivière pour le bassin de la Zwalm vient d'être initié fin juin de cette année. 

Article source

Boets, P., Dillen, A., Mertens, J., Vervaeke, B., Van Thuyne, G., Breine, J., Goethals, P., Poelman, E., 2021. Do Investmensts in water quality and habitat restoration programs pay off? An analysis of the chemical and biological water quality of a lowland stream in the Zwalm River basin (Belgium). Environmental Science and Policy 124, 115-124.

Pour obtenir une copie de cet article, vous pouvez contacter Pieter Boets : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

7 Vue de la Zwalm Yves Adam

Vue de la Zwalm (Yves Adam)

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